Bio

Comment j’ai commencé à écrire ou :

comment J.R.R. m’a mis la plume à l’étrier

 Jusque là, j’écrivais.

J’avais trente ans, et j’écrivais pour les copains qui cherchaient à séduire une improbable Dulcinée, j’écrivais pour les victimes de pannes rédactionnelles, j’écrivais à ma femme, j’écrivais pour les paresseux de l’exposé, pour les polytraumatisés du sujet porteur, les agences de pub et de relations publiques, je tâcheronnais pour la Cause, les manifs, les communiqués à diffuser, les tracts à répandre. Je fournissais d’intimes convictions à qui en manquait et des sentiments déchirants aux grands timides.

Donc : j’écrivais. La chose est à présent attestée, et je n’y reviendrai pas.

Mais entre écrire et devenir écrivain, nul ne l’ignore, il y a quelques mondes à traverser.

Certains naissent avec l’Illumination au premier stylo. En ce qui me concerne, il a fallu que J.R.R. vienne me chercher. Un soir de novembre 1980, John Ronald Ruell Tolkien a surgi dans mon univers. Il a ouvert les portes de mon imaginaire. Et pour y parvenir comme on écarte les battants de la porte de la Moria, il m’a donné une curieuse clef : la première version cinéma du «Seigneur des Anneaux», de Ralph Bakshi. Une version qui faisait dire «beurk» aux puristes, soupirer «bof» aux aimables et jeter «ouaip, pô mal» à tous les autres.

Moi, elle m’a transporté haut, très haut. Une vraie révolution copernicienne. Les nains, les elfes, les magiciens de mes rêves d’enfance ont resurgi d’un coup, et avec eux les fragrances des forêts immenses, les vents des montagnes infranchissables, de l’aventure, de l’amitié vraie qui vous vivifie comme la source pure. Autre chose a jailli dans mon esprit pour m’emmener sur des chemins nouveaux.

Prédisposé par ma sœur Annie, conduit par mes amis Dumas, Féval, Zévaco, Flaubert, Verne, Kipling, Gogol, Twain et Gautier, emporté par le grand Tolkien, il était désormais impossible de résister.

Depuis, je ne me suis plus arrêté.